De la cour d’école à la Société
Comprendre et briser les dynamiques de Domination
Les mécanismes de domination dans nos sociétés
– où certain.e.s ont du pouvoir pendant que d’autres subissent –
s’apprennent dès l’enfance, souvent dans la cour d’école.
Ce texte parle spécifiquement du système scolaire public,
et non pas du concept même d’enseignement ou d’éducation.
L’école publique, telle qu’elle existe aujourd’hui en France, reproduit et normalise des dynamiques
qui vont bien au-delà de la simple moquerie ou du conflit passager.
Ces dynamiques commencent parfois par des mots ou des comportements qui semblent anodins
– des moqueries, des mises à l’écart – mais elles peuvent rapidement s’intensifier.
À terme, elles brisent des vies.
Parfois, elles mènent même à des morts,
qu’on parle d’élèves poussé.e.s au suicide
ou d’injustices systémiques
qui coûtent la vie aux plus vulnérables plus tard.
Ces comportements perpétuants ne sont pas innés : ils sont appris.
Le système scolaire actuel, loin de simplement transmettre des connaissances, agit souvent comme un terrain d’entraînement où l’on apprend à accepter et à reproduire les rapports de domination qu’on retrouvera dans la société adulte.
Mais il est essentiel de souligner que cela n’est pas une fatalité.
D’autres modèles éducatifs sont possibles.
Ils pourraient, en une ou deux générations, apprendre à nos enfants la coopération, le respect mutuel et l’entraide.
Pour cela, il faudrait une rupture franche avec le système en place,
qui continue de perpétuer des dynamiques destructrices.
Les « bullies » :
des acteurices du système, mais pas toujours ses bénéficiaires
Les « bullies » – celleux qui harcèlent ou dominent à l’école – ne sont pas toujours des enfants privilégié.e.s ou puissant.e.s en dehors de cet environnement.
Parfois, iels adoptent ces comportements précisément parce qu’iels sentent déjà que, plus tard, ils seront en position de subir, ou parcequ’ils le sont déjà en-dehors du cadre scolaire.
Certains « bullies » cherchent à prendre un pouvoir immédiat et temporaire pour compenser une absence de contrôle sur leur avenir.
Pour d’autres, c’est une façon d’échapper à leur propre douleur ou à leurs propres insécurités.
Cependant, il est important de comprendre que leur domination, qu’elle soit temporaire ou non, a des conséquences réelles et graves.
Une moquerie répétée peut détruire une confiance en soi ; une exclusion peut briser un.e enfant.
Et dans les cas les plus extrêmes, cela peut coûter des vies.
À l’inverse, les enfants qui subissent ces violences ne sont pas condamné.e.s à rester des victimes toute leur vie.
Mais si on leur offre plus tard une opportunité de prendre le pouvoir, iels peuvent la saisir avec d’autant plus de force et de violence, comme une revanche sur ce qu’iels ont vécu.
Ce que l’école actuelle enseigne à tout le monde, c’est que ces rôles – dominer ou être dominé.e – sont normaux, et qu’il faut les accepter.
Cette acceptation devient ensuite une norme sociale, rendant difficile de concevoir d’autres façons de vivre ensemble.
1 De l’école à la société : la continuité des dynamiques
Les dynamiques qu’on voit dans la cour d’école ne disparaissent pas à l’âge adulte.
Elles s’agrandissent, se structurent, mais restent les mêmes dans leur essence.
• Les « bullies » d’hier peuvent devenir les leaders d’aujourd’hui,
utilisant leurs privilèges pour maintenir leur pouvoir.
• Celleux qui ont appris à se taire deviennent des adultes qui ferment les yeux sur les injustices ou qui se convainquent que les choses ne peuvent pas changer.
• Celleux qui ont subi peuvent devenir des oppresseurs elleux-mêmes,
reproduisant les violences qu’iels ont vécues.
À l’école, lorsqu’un.e enfant tente de se défendre contre un bully,
c’est souvent l’enfant se défendant qui est puni.e.
Cette logique se reflète à grande échelle dans la société :
les lois et les forces de l’ordre protègent souvent les intérêts des dominant.e.s,
tandis que celleux qui essaient de dénoncer ou de se défendre contre les injustices sont criminalisé.e.s ou réprimé.e.s.
Ce système est conçu pour préserver un équilibre de domination
où les puissant.e.s restent au sommet et où les plus vulnérables sont systématiquement écrasé.e.s.
Un système qui détruit des vies
Il faut insister sur une chose : ces dynamiques ne sont pas seulement injustes, elles sont destructrices.
• Elles brisent des vies dès l’enfance, laissant des traces profondes chez celleux qui subissent,
mais aussi chez celleux qui dominent.
• Elles normalisent l’idée que la violence et la domination sont des outils acceptables, voire nécessaires, pour exister ou avancer.
• Elles conditionnent les témoins à rester passif-ves, créant une société où l’inaction face à l’injustice est perçue comme la norme.
Ce cercle vicieux ne profite réellement à personne.
Même les dominant.e.s, qui semblent avoir le contrôle, vivent souvent dans la peur de perdre leur pouvoir ou de se voir renversé.e.s.
2 Pourquoi ce texte ?
On partage cette réflexion pour poser une question cruciale :
Quelle place avons-nous chacun.e occupé dans ces dynamiques ?
• Avez-vous été témoin sans agir, par peur ou par impuissance ?
• Avez-vous pris part à ces violences, consciemment ou non,
pour échapper à votre propre douleur ?
• Avez-vous subi, sans avoir les outils ou le soutien
pour vous défendre ?
Ces questions ne sont pas là pour accuser ou blâmer mais pour inviter à réfléchir.
Comprendre où nous nous situons dans ce système est la première étape pour imaginer comment en sortir.
Changer les règles du jeu
Le vrai changement ne viendra pas d’un simple ajustement.
Il ne suffit pas d’inverser les rôles – où les dominants deviennent les dominés –
car cela ne fait que perpétuer le système de domination lui-même.
• À l’école : On pourrait enseigner la coopération, intervenir pour protéger sans punir,
et valoriser la solidarité plutôt que la compétition.
• Dans la société : On peut soutenir les luttes pour l’égalité, dénoncer les injustices,
et construire des espaces où chacun.e a une place sans avoir besoin de dominer.
Pour cela, il faut remettre en question les bases mêmes du système actuel.
Cela demande une rupture franche avec les structures qui imposent ces dynamiques,
que ce soit à l’école ou dans nos institutions.
Conclusion : Agir ensemble
Les dynamiques de domination ne sont pas une fatalité. Elles ne sont ni naturelles, ni nécessaires.
Mais elles sont profondément enracinées, et les contester demande un effort collectif.
Si nous voulons un monde où personne n’a besoin de dominer ou d’être dominé pour exister,
il faut commencer par comprendre comment ces dynamiques se mettent en place, dès l’enfance.
Cela demande du courage, de la réflexion sur soi-même et une volonté de faire autrement.
Nous ne sommes pas condamné.e.s à répéter les erreurs du passé.
Mais pour cela, il faut commencer à imaginer – et à construire –
un autre futur ensemble.
Les Hauteurs Hissent

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